Lycéens à l'opéra

Lycéens à l'opéra

Par YAEL MONTET BERTHEAS, publié le mercredi 13 septembre 2017 19:17 - Mis à jour le jeudi 14 septembre 2017 10:25

Pour beaucoup , c’était une première…l’opéra !

Pour beaucoup, c’était une première…l’opéra !

Partenariat entre le professeur de musique M. Freycon et la professeure de théâtre Mme Testeil, une trentaine d’élèves du lycée ont découvert en 2016-2017 "Jeanne au bûcher" de A. Honegger d’après un livret de P. Claudel, mis en scène par Roméo Castellucci.

La représentation a eu lieu à l'Opéra de Lyon : http://www.opera-lyon.com/spectacle/jeanne-au-bucher

Il s’agit d’une œuvre dont on ne peut pas dégager un genre particulier : on peut dire qu’elle est inclassable. Cassandre, élève de 1ère S développe cette idée à partir de deux « tensions » qui lui semblent qualifier ce spectacle : « une œuvre entre théâtre et opéra, une œuvre religieuse et profane ».,

Source : Lyon Capitale

     

Compte-rendu de Cassandre (1ère S) :

                « Tout d’abord, nous pouvons dire que c’est une œuvre théâtrale. En effet, le spectateur est attiré par ce qu’il se passe sur scène. La scénographie est très recherchée, le décor est tout d’abord très réaliste. Nous sommes dans une salle de classe des années 1 940 et tout nous y ramène : les murs sont pales et défraîchis, des fenêtres entrouvertes laissent échapper la lumière du jour, les bureaux sont alignés, il y a des radiateurs et le tableau est pourvu de formules algébriques, ce qui est en rapport avec le programme scolaire. Egalement, les comédiennes sont des jeunes filles, toutes habillées en uniforme mais avec des coiffures différentes, de la mode des années 40, qui ajoutent du réalisme au spectacle. Ensuite, la scène laisse place à un décor symbolique, et on ne voit plus sur scène qu’une seule comédienne, qui incarne Jeanne. Elle sera en jeu pendant tout le spectacle, et ne cessera de faire des actions pendant toute la durée de la représentation, même si elle parlera très peu. Il y aura néanmoins certains dialogues, où Jeanne parlera au public pour nous conter son histoire, ou alors elle parlera avec Frère Dominique.

                Cette œuvre peut également s’apparenter à l’opéra. En effet, il y a la présence d’un orchestre complet, avec toutes les familles d’instruments représentées dans la fosse, juste devant le public. On comptabilise ainsi une trentaine de musiciens qui s’arrêteront de jouer très rarement sur l’ensemble de la représentation. Il y a aussi la présence de chœurs, qui sont bien présents, même s’ils sont invisibles pour le spectateur, car ils sont situés au sous-sol et leur chant nous parvient grâce à des micros. Des solistes chantent parfois. Le rôle des chanteurs est d’interpréter tous les autres personnages que Jeanne et Dominique. Ces rôles, essentiels dans la pièce sont uniquement chantés, et nous n’avons aucune représentation d’eux. Nous ne les voyons pas sur scène. Deux metteurs en scènes en tout sont présents. La musique a été spécialement composée pour cette pièce par Arthur Honegger.

                Ensuite, ce spectacle peut être qualifié de religieux. En effet, l’épisode de Jeanne d’Arc est présent dans la religion chrétienne, qui pense que Dieu aurait appelé cette jeune fille, et lui aurait permis de sauver la France. Cette œuvre a un caractère sacré : certains les chants sont en latin, et connotent les chants que l’on entend à l’église. Il y a aussi la présence de frère Dominique, qui incarne Dieu et qui le représente sur Terre pour parler à Jeanne.

                On pourrait penser que cette œuvre est un oratorio, de part ces caractéristiques religieuses. En effet, les chants et la musique d’opéra et le caractère sacré de la pièce sont les critères qui qualifient un oratorio. Cependant, une différence est notable : un oratorio n’est pas censé être représenté. Or, si le spectateur doit fortement prêter attention à la musique et aux chants, qui nous éclairent sur l’histoire, il est également fortement attiré par ce qu’il se passe sur scène, et le jeu de l’actrice. Cette différence illustre le fait que Jeanne au bûcher n’est pas un véritable oratorio.

                Ce n’est pas uniquement une œuvre religieuse, elle est également par certains aspects populaire. Ainsi, on retrouve dans la représentation des comptines ou chansons populaires, qui rappellent l’enfance de Jeanne. Le latin d’église est transformé en latin populaire, voir réinventé, avec des mots tels que « porcus » ou « patata », et certains chants sont en français. Le mythe de Jeanne d’Arc est un mythe populaire, auquel de nombreuses personnes croient, surtout les personnes religieuses. Le but de cette pièce est de remplacer une partie du mythe par la vérité, selon une interprétation possible, et de la faire connaitre au public. C’est pour cela que Jeanne est nue pendant la majorité de la pièce. Ainsi, elle ne se cache pas et se montre telle qu’elle est, c’est-à-dire fragile et avec un petit côté fou, outré par le monde et ses contemporains également. Une partie du mythe populaire a été interprétée différemment.

                Jeanne au bûcher apparaît comme profane par certains aspects. En effet, frère Dominique n’existe pas, il est incarné par le directeur de l’école, qui accepte de le jouer par peur que le concierge ne se suicide. C’est donc un imposteur qui ment, même s’il fait cela pour une cause juste. Cela crée l’idée que n’importe qui peut se faire passer pour un sain, et cela met en place un mensonge, qui peut rappeller tous les mensonges qui ont été mis en place par l’église pour manipuler la population et servir ses intérêts. Au début, le décor était très réaliste, puis il est devenu plus vide et plus symbolique. Cela montre que nous passons de la vie réelle au monde de l’imagination. Seul le couloir de gauche est inchangé, c’est le seul élément qui nous raccorde à la réalité et cela pose la question de l’imagination. LA cause de la folie du concierge, on se demande si tout cela n’est pas uniquement le produit de notre imagination.

                Enfin, on pourrait qualifier cette œuvre d’éducative, et qui incite à la réflexion. Tout d’abord, l’école est un élément clé de la scénographie, tout le spectacle se déroule dans cette école, plus précisément dans cette salle de classe. Au début, les jeunes filles bavardes, rigolent, elles ne sont pas du tout attentives au cours qu’elles sont censées suivre. Cela nous amène à nous interroger sur le rôle de l’éducation et sur notre responsabilité face au devoir de mémoire, et notre prise de conscience face à certains éléments historiques. En effet, ces jeunes filles apparaissent comme irresponsables et immatures, alors qu’elles ont approximativement l’âge qu’avait Jeanne d’Arc lorsqu’elle a aidé les français et est morte incomprise. Le décalage entre le destin de Jeanne et les jeunes filles est ainsi très marqué. »

 

Dispositif Lycéens à l'Opéra (financé par la Région Auvergne-Rhone-Alpes).